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1986 - 2016


La fondation Irène Reymond se donne pour mission de soutenir des artistes romands ou vivant en Suisse romande se vouant aux arts plastiques. Elle attribue des prix chaque année depuis 1986. Elle a ainsi distribué pour plus d'un million de francs à ce jour et soutenu plus de 80 artistes. En 2006 pour fêter le 20ème anniversaire une exposition a été organisée à l'espace Arlaud de Lausanne. En 2012 le musée de Pully a présenté les 14 lauréats 2006-2011.

PRIX 2016

La Fondation Irène Reymond qui, depuis 1986, poursuit la mission de soutien aux artistes de Suisse Romande que lui a confié sa créatrice a choisi, parmi la quarantaine de dossiers qui lui sont parvenus, d’attribuer trois prix de 15'000.—francs. Les trois lauréats distingués sont Elise Gagnebin-de Bons, Pauline Beaudemont et Matthieu Bernard-Reymond.

 
Elise Gagnebin-de Bons

Née en 1976, diplômée de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (2000), la plasticienne Elise Gagnebin-de Bons capte les signes de l’ordinaire qui nous entoure et les traduits dans son travail multiforme. Par le collage, les impressions, l’installation, la photographie, la vidéo ou les drapeaux, elle recadre subjectivement ce présent que nous ne voyons pas forcément, ou que nous avons choisi de ne plus voir. Ses références sont multiples, puisées dans divers champs lexicaux, comme celui des esthétiques hard-rock ou metal, des codes de clans et tribus, mais aussi dans les tonalités sombres des formes contemporaines de la résistance. L’artiste collabore depuis 2008 avec Robin Michel, au sein du projet Post, et figure dans la collection des Cahiers d’Artistes de Pro Helvetia (2011). Régulièrement exposée dans les structures d’art de Suisse romande (Espace dAM, Romainmôtier; Espace Abstract, Lausanne; Tilt, Renens; Davel 14, Cully; Lokal-int, Bienne, etc.), elle a également participé à de nombreuses expositions collectives, en Suisse et au-delà (Circuit, Lausanne; Forde, Saks ou Halle Nord, Genève; Gessnerallee, Zurich; Kunstraum Kreutzberg/Bethanien, Berlin; Eternal Tour, Jérusalem et Ramallah, etc.). Elle est membre du collectif standard/deluxe, à Lausanne.

Pauline Beaudemont

Née à Paris en 1983, Pauline Beaudemont s’est formée à la photographie à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne (ECAL). Un cursus complété par un master en arts visuels à la Haute Ecole d’art et de design de Genève (HEAD), après avoir travaillé pour le service publicité de Magnum (Paris, New York) et tenu une galerie dans son salon à Brooklyn (Pauline’s). Invitée en 2014 à résumer son travail en cinq mots, Pauline Beaudemont a choisi «subliminal – architecture – fantômes – image – rêve». Par des propositions polymorphes faites d’installations, sculptures, photographies ou vidéos, elle habille ses réalisations d’une épaisseur onirique, puisée dans les restes parfois désenchantés de l’architecture moderniste ou de la peinture symboliste et réaliste. Actuellement résidente à l’Institut suisse de Rome, elle a bénéficié d’une bourse de la Fondation Le Corbusier à Chandigarh, et participé au programme Fieldwork: Marfa de la HEAD au Texas. On a pu la voir au Kunsthaus d’Aarau, à SALTS (Bâle) ou à la galerie Xippas; de même que dans des expositions collectives à la Kunsthalle de Bâle, à la Tate (Londres) ou au Grand Palais (Paris). 

Matthieu Bernard-Reymond

Photographe et plasticien, Matthieu Bernard-Reymond vit en Suisse depuis 1999, année de son entrée à l'Ecole d'Arts Appliqués de Vevey dont il est sorti diplômé en 2002. Né en 1976 à Gap dans les Hautes-Alpes, il a d'abord obtenu un diplôme en sciences politiques à Grenoble, avant de trouver sa voie dans le questionnement de l'image digitale et de la mutation informatique. Une série d'expositions, prix et publications  -HSBC 2003, Rencontres d'Arles 2005, Paris-Photo 2006, Arcimboldo 2009, Vous-êtes ici (2003, Actes-Sud) et TV (Hatje Cantz, 2008)- jalonnent sa démarche qui conjugue témoignage documentaire et expérimentation artistique. Hybridant paysages, architectures et médias par algorithmes et manipulations informatiques, il opère des déplacements subtils d'une réalité dans une autre, en brouillant savamment les frontières entre réel et virtuel, reportage et propo sition plastique, pour inventer d'autres mondes possibles sous le signe d'une poétique de l'étrange.

PRIX 2015

 Les membres de la fondation aidés par des experts extérieurs ont choisi, parmi la cinquantaine de dossiers qui lui sont parvenus, d’attribuer trois prix de 15'000.—francs. Les trois lauréats distingués sont  Gabriela Löffel, Christopher Füllemann et Gilles Furtwängler.

Gabriela Löffel

Comment se constitue l’Histoire, sinon à travers l’agencement de dispositifs, de préparations, de décors-simulations, de répétitions, de filages, de montages…
Ce que le travail vidéo et installatif de Gabriela Löffel (*1972) met en scène est ce moment captif —presque clandestin— du processus de préparation à l’ombre de coulisses. Le topos choisi par l’artiste est souvent la salle de théâtre vide, le lieu du décor — studio de cinéma de doublage ou de postsynchronisation (bruitage), en bref, tout ce qui permet de « construire » la réalité et l’Histoire d’une manière convainquante, côté endroit. Mais ce que Löffel révèle est justement le revers, la dimension du simulacre, le décollement dialectique entre une image et le dispositif nécessaire à sa crédibilité et à sa recevabilité. Ce monde-là montre un aspect bien plus fragile, humain, trop humain. Gabriela Löffel opère un décalage entre original, double (ou doublure par le doublage en studio par exemple) parfois à travers un montage qui dissimule l’origine d’une activité ou encore un cadrage qui escamote le sens de l’activité…
Ce lieu de la fabrication du réel reste cependant sans audience, avec ses figurants faillibles, s’activant dans des salles de théâtre vides ou pris dans des surfaces noires, blanches, cruelles comme des laboratoires, sans fond, sans ouverture.
Si, à travers la ténacité de son travail, Gabriela Löffel construit une critique de la société du spectacle —on ne peut plus d’actualité— elle laisse au spectacteur la responsabilité d’en assembler les données et d’en percevoir les double-langages.

Christopher Füllemann

De Lausanne où il est né (*1983) et a vécu jusqu'à l'obtention de son diplôme de l'ECAL en 2008, Christopher Füllemann est allé compléter sa formation par un Master au San Francisco Art Institute. Il se partage aujourd'hui entre Oakland USA et Zurich. Une énergie et une décontraction post-pop californiennes imprègnent son travail de sculpteur d'objets improbables, hybrides et baroques. Combinant des matériaux domestiques ou synthétiques tels que tissu, cire ou miroir, sagex, latex et epoxy colorés de teintes vives, voire acidulées ou fluorescentes, leurs libres formes abstraites ont l'air de converser entre elles, comme avec les spectateurs qui déambulent parmi elles. Fragiles et volontiers monumentaux, leurs corps en mouvement -provisoirement arrêté- dans l'espace paraissent en tous temps prêts à s'inventer des métamorphoses et des chorégraphies ludiques et déjantées.


Gilles Furtwängler
Dans les travaux développés par l’artiste et performeur Gilles Furtwängler (*1982) depuis plusieurs années, les mots mis en forme narrative nous placent face à une forme de banalité, triviale et poétique à la fois. « J’adore ton âge est la façon dont tu généralises », « je reste connecté », « ouvrez la fosse aux chips », « qu’est-ce qu’on peut faire d’autre que de sourire », « tu veux un glaçon dans ton aspegic ? » sont autant des situations de vies que des déclamations de rue auxquelles l’artiste donne un sens nouveau. « Tout est support au mot, parlé ou écrit » affirme-t-il. Journaux, films, publicités, passants, sont autant de sources auxquelles il dérobe, à la volée, quelques phrases pour recréer un sens et une sémantique. On sourit, on a honte, on est ému et on se sent résolument humain, face à cette imbrication de mots. Après s'être consacré principalement à l'écriture et à la performance, l'artiste développe à nouveau un travail plastique fait de peintures murales et de sculptures, dans lequel la parole demeure au centre du dispositif artistique.

Depuis 1986, la Fondation, libre de toute influence économique, politique ou institutionnelle, continue ainsi à aider la création en Suisse romande dans le domaine des arts plastiques et a ainsi soutenu, depuis 1986, plus de 80 artistes et distribué plus d’un million de francs

PRIX 2014

Au vu de la haute qualité de la quarantaine de dossiers qui lui sont parvenus, le jury de la Fondation Irène Reymond fait à nouveau de 2014 une édition faste en distribuant quatre prix de 15'000.—francs.
La Fondation qui, depuis 1986, poursuit la belle mission de soutien aux artistes de Suisse Romande que lui a confié sa créatrice : pour son Prix 2014 les quatre lauréats distingués sont : Sandrine Pelletier, Tarik Hayward, Karim Noureldin, Akaki Ramishvili.

Sandrine Pelletier :
Sandrine Pelletier (*1976 à Lausanne où elle vit et travaille après une formation à l'Ecole d'arts appliqués de Vevey puis à l'Ecal) cultive une complicité très tactile avec des métiers et matériaux traditionnellement liés à l'artisanat : textile, céramique, verre, bois... Un côté Arts & Crafts qu'elle revendique, tout en menant à travers eux un vrai travail d'artiste. Elle les aborde d'une manière inédite, troublante et poétique qui renvoie aux mythes et légendes, à des cultures populaires métissées, à l'occulte, à la mélancolie et à une forme d'humour noir. Son univers suggère l'émergence et le surgissement des choses, en même temps qu'il en esquisse déjà le déclin, la décrépitude et l'effacement.

Tarik Hayward :
Il dit pratiquer « une forme d'ingéniérie primitive, d'architecture de la nécessité ». Tarik Hayward (*1979 à Ibiza, vit et travaille à la Vallée de Joux après un bachelor en photographie et vidéo, puis un master en arts plastiques à l'Ecal) réempoigne avec un regard et une démarche d'artiste les gestes, les outils et les matériaux premiers (terre, bois, compost, sciure, glace.. ) en conjuguant l'héritage du modernisme, de l'art minimal et des utopies alternatives. Sauf que c'est plutôt sur les ruines d'un certain modèle artistique et économique -et peut-être aussi de son enfance perdue- qu'il construit, avec une dimension performative et existentielle, ses architectures précaires, lacunaires et évolutives.

Karim Noureldin :
La compréhension du monde par Karim Noureldin (*1967 à Zürich, vit et travaille à Lausanne depuis 10 ans) se fait principalement à travers les formes du paysage urbain, du design et de l’architecture, captées notamment par d’innombrables photographies. Dans son œuvre, le Lausannois d’adoption achemine les données de sa vision et s’attache à s’investir avant tout dans un médium modeste, celui du dessin. Au profit d’une expression singulière, il s’efforce d’aller vers le plus de complexité et d’hétérogénéité possibles. Ainsi en est-il des nombreux rhizomes, réseaux ou rythmes développés dans des espaces bi- ou tridimensionnels, puisque son dessin intervient aussi bien sur papier, dans l’atelier, que sur l’architecture.

Koka Ramishvili :
Koka Ramishvili (*1956 à Tbilissi, en Géorgie, vit et travaille à Genève) fait partie d’une génération d’artistes qui instaurent leur pensée à travers de multiples médias, tout en veillant à les maîtriser parfaitement à chacun de leur usage. Longtemps rattachées à une forme documentaire, les œuvres de Koka Ramishvili réalisées ces dernières années sont devenues des images pour être des images et non pour représenter des images. Sans choisir entre avant- ou arrière-garde, il a rejoint à sa manière le chapitre de l’art abstrait, ainsi que la tradition du monochrome. Ce travail résulte du plaisir de peindre et de produire à chaque fois une pièce unique et donc d’enfin s’adonner à ce médium qui est celui qui, depuis la formation de Koka Ramishvili, l’a toujours profondément touché.

Depuis 1986, la Fondation a soutenu 74 artistes et distribué près de un million de francs.

PRIX 2013


Année exceptionnelle à la Fondation Irène Reymond qui, depuis 1986, poursuit la belle mission de soutien aux artistes de Suisse Romande que lui a confié sa créatrice : pour son Prix 2013, ce ne sont pas moins de quatre lauréats qu'elle vient distinguer.
Considérant la haute qualité des dossiers qui lui sont parvenus, le jury de la FIR fait de 2013 une édition particulièrement faste en distribuant quatre enveloppes sans en diminuer le contenu : 15'000.- chacune. Elles vont à Rudy Decelière, Anne Rochat, Simon Deppierraz et Hadrien Dussoix.



Rudy Decelière
Le nom de la bourgade où il est né en 1979, près de Lyon, sonne joliment : Tassin-la-Demi-Lune. Bon début pour ce plasticien du son installé depuis longtemps à Genève où il a fait ses classes à l'Ecole supérieure des beaux-arts. Dans une démarche à la fois physique et méditative, il établit des liens subtils entre perceptions visuelles et sonores, immergeant ses spectateurs-auditeurs dans des espaces poétiques. Nourries de nature et de technologie, ses oeuvres installent visuellement les sons dans l'espace, créent des fréquences, les font rebondir et les mettent en vibrations, oscillations et résonances. Toujours réalisées en fonction des lieux qu'elles investissent, tant intérieurs qu'extérieurs, elles inventent des architectures délicates et ténues faites de minuscules récepteurs audio (piezos), hauts-parleurs miniatures, aimants, fils de cuivre et cordes de violons, pastilles dorées, feuilles mortes ou monnaies-du-pape.

Anne Rochat
Dans son activité de performeuse, Anne Rochat (*1982, Vallée de Joux) se focalise sur le corps, sur son propre corps, inscrivant sa pratique dans une réflexion sur l’histoire de la performance. La plupart de ses réalisations joue de la résistance du corps, faisant intervenir divers objets, d’autres performeurs, le son, la lumière et même l’espace d’exposition : l’artiste y module la gamme des types d’interaction possibles, de la fusion à l’opposition. Anne Rochat a également coécrit un opéra performatif (« Say Yes or Die ») qui confronte des règles d’écriture traditionnelles à un langage corporel contemporain. Elle réalise ses performances tant dans le cadre d’événements artistiques que dans des lieux à vocation politique. Anne Rochat a étudié à l’ECAL puis bénéficié de nombreuses résidences et bourses.

Simon Deppierraz
Lʼunivers de prédilection de Simon Deppierraz (*1984, Morges), cʼest le paysage alpin, les montagnes, empreintes de minéralité et de verticalité. Les tensions, le rapport entre le vide et la matière, les lignes de forces entre les éléments utilisés et les contextes dʼexpositions sont les fondements de son travail artistique. Ses interventions, souvent physiques, monumentales, structurent lʼespace, interagissent avec le lieu, entrant en dialogue plutôt quʼen confrontation. A ce travail scuptural, lʼartiste mêle sons, vidéos et photos, pour des installations souvent brutes et minimales. Après un bachelor et un master à lʼECAL, Simon Deppierraz y enseigne en tant quʼintervenant. Il expose régulièrement en Suisse et à lʼétranger, travaillant seul ou en collaboration avec dʼautres artistes.

Hadrien Dussoix
Artiste genevois (*1975), Hadrien Dussoix vit de son art depuis la sortie de ses études des Beaux-arts à Genève. Primé à de nombreuses reprises, il ne s'est pas installé dans un genre unique, mais au contraire ose un style qu'il ne cesse de remettre en question sur le principe de l'expérimentation. Il s'adonne ainsi avec générosité à un chaos expérimental qui ne craint pas de créer un inconfort visuel chez le spectateur, mais dont on ne se lassera pas tant l'audace de l'assemblage s'allie à la maîtrise du geste. Place aux effets de matière, que ce soit sur la toile, dans une sculpture, ou dans une installation. Avec ou sans peinture à proprement parler, les compositions de l'artiste en deux ou en trois dimensions, faites de différentes textures, avec une rudesse parfois abrupte, se conjuguent sur le mode du collage : superposition, télescopage de matériaux, chevauchement en tout genre.

Prix 2012

Depuis 1986, la Fondation Irène Reymond accomplit la belle mission que lui a confié sa créatrice, elle-même peintre: soutenir les artistes de Suisse romande ou y vivant depuis plus de cinq ans. Pour son édition 2012, le jury de la Fondation Irène Reymond a examiné 56 dossiers, une participation en hausse constante et dont il se plaît à souligner la belle qualité. Après plusieurs tours de sélection, ses trois lauréats 2012 qui reçoivent chacun une enveloppe de 15’000.- ont été désignés. Il s'agit de Sophie Bouvier Ausländer, Alexandre Loye et Damiàn Navarro.

Sophie Bouvier Ausländer
Alexandre Loye
Damiàn Navarro


Sophie Bouvier Ausländer (*1970 à Lausanne, où elle vit et travaille) confie avoir voulu être peintre, puis géographe, puis peintre. A sa manière toute personnelle, elle conjugue ses deux passions, puisqu'elle s'est créé son propre territoire d'exploration et d'expérimentation, sa géographie artistique. Et comme il l'y prédisposait, elle lui a donné son nom: Ausland. L'ailleurs. A l'Hôtel Ausland - son atelier -, elle dessine, peint, découpe, tisse, entrelace et réinvente des cartes de géographie, des panoramas et des mappemondes en papier, réceptacle commun de la littérature et des cartes topographiques. Entre le mental et le tactile comme entre le précieux et le trivial, elle mène ses explorations vagabondes et subtiles à l'échelle de microcosmes cellulaires comme à celle de macrocosmes planétaires. Tout en finesse et transparences, en légèreté et poésie, son œuvre est une invitation au voyage immobile.

Alexandre Loye (*1972 en Valais, vit et travaille à Lausanne) peint depuis toujours ou presque et expose depuis plus de vingt ans. Son alphabet se compose de barres d’immeubles, routes, voitures, téléphones, mains, pieds, bouches, yeux… qui peuplent frontalement, solitairement, des images décontextualisées touchant à l’universel. Certains signes jouent d’une claire ambivalence, lorsqu’une façade se fait visage par exemple. Les fenêtres se lisent alors comme des ouvertures, des yeux multipliés ouverts sur le monde : ceux du peintre? Qui grave et écrit également. Un ressenti, vécu au quotidien, traverse toute sa production, dont les compositions, parfois facétieuses, nous offrent une vision toujours réenchantée du monde qui nous entoure, nous le faisant percevoir sous un jour nouveau.

Damiàn Navarro (*1983 à Morges, vit et travaille à Lausanne et Genève) est diplômé de la Haute Ecole d’art et de design (HEAD) de Genève en 2007. Dessins, aquarelles, sculptures et ready made se multiplient et se combinent pour former des récits ouverts, qui laissent libre cours à l’interprétation du spectateur. Les sources sont multiples, elles aussi: références artistiques et cinématographiques se mêlent aux histoires familiales, permettant ainsi la construction d’un dialogue entre les différentes identités qui composent un individu. La démarche nous emmène loin des effets spectaculaires que peut déployer l’art contemporain. Avec humour et discrétion, Damiàn Navarro révèle la poésie du quotidien, détourne des objets de leur banalité et nous force à réfléchir sur le rapport que nous entretenons avec notre culture et notre perception des œuvres d’art.

PRIX 2011

Pour l'année 2011, le jury de la Fondation Irène Reymond a examiné 37 dossiers, une participation record dont il tient, en plus, à souligner la qualité particulièrement élevée. Après délibérations nourries, ses trois lauréats 2011 qui reçoivent chacun une enveloppe de 15’000.- sont :
 
Joëlle Flumet,
Luc Mattenberger
et Kim Seob Boninsegni.


Joëlle Flumet poursuit depuis quinze ans une réflexion d’une cohérence interne forte. Dès ses premiers travaux, la plasticienne s’intéresse à la fonction des objets qui nous entourent pour la détourner. Qu’elle leur fasse subir différents types de modification, qu’elle leur invente de nouveaux modes d’emploi, qu’elle les déplace de leur contexte habituel, ses objets parlent de la manière dont nos modes de vie façonnent notre quotidien. Ses dessins assistés par ordinateur mettent eux aussi en scène le quotidien : espaces publics, privés ou de travail, elle sait en saisir toutes les contradictions. Vrai/faux, nature/culture, intérieur/extérieur, protection/menace, sérieux/humour, l’artiste ne cherche pas à rallier ces contraires, mais bien à en souligner les oppositions, souvent par l’absurde. Les agissements des personnages qu’elle figure dans nombre de dessins apparaissent également comme paradoxaux, tantôt contrôlés, tantôt libérés. Le jury a ainsi souhaité récompenser cette démarche dont les développements inventifs font ressortir la continuité.
Joëlle Flumet (1971, vit et travaille à Genève) obtient son diplôme de la Haute Ecole d'Art et de Design de Genève en 1996. Suivent de nombreuses expositions  collectives et personnelles, en Suisse et à l’étranger. Récipiendaire de plusieurs prix, bourses et résidences, elle a notamment reçu trois fois le Swiss Art Award ainsi que résidé à Paris (Patiño), Yerevan (Association Utopiana) et Cape Town (Pro Helvetia).

Luc Mattenberger conçoit des machines et des objets qui mettent en évidence leur puissance avérée ou potentielle, souvent menaçante ; que cette dangerosité tangible s’exerce à l’encontre du spectateur ou de l’espace d’exposition. La tension est perceptible immédiatement. Impossible d’échapper à ces œuvres qui prennent possession de leur environnement : le son, la lumière, les giclures qu’elles produisent ou l’odeur qu’elles dégagent envahissent généralement les lieux. Même lorsque l’artiste exhibe le fonctionnement de leur moteur, une fascination se dégage cependant de ces machines qui semblent agir toutes seules, dans un mouvement perpétuel, rapide ou lent mais régulier. Quant aux objets inanimés, ils portent en eux la virtualité de leur activation manuelle. Et sous les évocations offensives ou défensives se révèle parfois une poésie surprenante. Le jury a encore noté la maturité des travaux de cet artiste trentenaire.
Luc Mattenberger (1980, vit et travaille à Genève) est diplômé de la Haute Ecole d'Art et de Design de Genève (Postgrade, 2007). Il expose en Suisse puis à l’étranger. Parmi les nombreux prix, bourses et résidences obtenus : Berlin (zwanzigquadratmeter), Paris (Bourse Patiño), Prague (Pro Helvetia), Institut suisse de Rome (2012), Prix de la Nationale Suisse, Prix UBS, Bourse Berthoud, Prix Liechti.

Kim Seob Boninsegni est un artiste polyvalent qui brasse, mixe et métisse les cultures (né en 1974 à Séoul en République de Corée, il est de nationalité suisse et française, d'origine canadienne et vit à Genève) mais aussi les images, les médias et les matériaux nobles avec les triviaux, les pratiques artistiques avec la contre-culture, l'expression personnelle avec l'appropriation et le pastiche. Le jury salue l'effervescence inventive et l'énergie créatrice de sa démarche portée par une esthétique de l'hybride et un goût de la narration non-linéaire. Elle compose un patchwork foisonnant associant vidéo, dessin, écriture, installations et performances et déclinant un sampling stylistique où la manière des fanzines croise les inspirations néoromantiques et adolescentes, et où le texte se fait à la fois message et code visuel à part entière. Tant sociaux que culturels et politiques, sa réflexion et son engagement d'artiste se prolongent et se ramifient dans des activités temporaires de curateur, de critique ou d'enseignant qui font de son travail pluriel un outil et un lieu d'échanges et de partage.
Diplômé en 2001 de la Haute Ecole d'Art et de Design de Genève (section cinéma puis art visuel), il rejoint en 2002 le programme d'études du Palais de Tokyo à  Paris et commence à collectionner prix et bourses d'ateliers (ateliers Patiño, de l'Usine et du Grütli ou Schönhauser à Berlin, et prix Kiefer Hablitzel, Lissignol ou Swiss Art Award).

PRIX 2010

Pour l’année 2010, la Fondation Irène Reymond a décerné aux artistes Alexandre Joly, Jérôme Leuba et Boris Rebetez un prix de 15’0000.- chacun. Réunie à deux reprises l’automne dernier à Lausanne, la Fondation a effectué sa sélection parmi 27 dossiers qui lui étaient parvenus.

La magie, la fantasmagorie, les jeux de métamorphoses, le merveilleux et le grotesque des contes et légendes, l’incongru poétique et cruel de l’enfance et du rêve: c’est de tout cela qu’est tissé le monde d’Alexandre Joly. Plumes de paon, animaux naturalisés, herbe synthétique, baquet d’eau et piézos (petits haut-parleurs low-tech en forme de pastilles grésillantes)…: voilà quelques-uns de ses matériaux favoris. Né en 1977, Alexandre Joly vit et travaille à Genève où il a successivement décroché un diplôme à l’Ecole supérieure d’art appliqué et un post-grade à l’Ecole supérieure des beaux-arts.

Le jury de la Fondation Irène Reymond a été sensible à l’ambiance trouble et mystérieuse de l’œuvre qui oscille entre laboratoire d’expérimentation animale et imaginaire surréaliste ; à ses jeux de séduction vénéneuse ; et à la fragilité subtile et raffinée de ses machineries poétiques qui incluent souvent le son, la lumière et le mouvement.

40 ans et déjà lauréat de plusieurs prix (notamment deux Prix fédéraux d’art et un Prix culturel Manor), Jérôme Leuba est né à Genève dont il est diplômé de l’Ecole supérieure d’arts visuels (aujourd’hui HEAD) et où il vit et travaille en alternance avec Berlin. Son travail a d’emblée retenu l’attention du jury de la Fondation Irène Reymond par l’intelligence et la pertinence du regard oblique et caustique qu’il porte sur les fonctionnements de la société contemporaine - entre jeux de pouvoir, codes de la représentation médiatisée de la réalité et ambiguïtés de la frontière entre visibilité et invisibilité - et le décalage subtil et efficace avec lequel il les aborde à travers ses photographies, vidéos et installations.

«Battlefield» (champ de bataille): c’est le titre autour duquel son travail s’articule depuis plusieurs années. Tel un guerillero souriant, il s’infiltre dans les rouages trop bien huilés des conventions et des réflexes conditionnés pour les détourner et les brouiller, en semant le doute et le malaise. A la fois familier et inattendu, drôle et inquiétant.

La Fondation Irène Reymond loue dans le travail de Boris Rebetez sa parfaite et subtile maîtrise de l’espace. Ses réalisations possèdent un caractère d’évidence, une justesse de ton: qu’il s’agisse de ses éléments architecturaux fictifs s’intégrant à un lieu d’exposition ou de ses sculptures cherchant à s’approprier l’espace en le reflétant dans des miroirs par exemple. Ses œuvres bidimensionnelles font également intervenir l’espace, construit ou naturel: ses collages photographiques jouent imperceptiblement et habilement avec la perspective et les correspondances formelles; nombre de dessins montrent une superposition de plusieurs strates d’intervention, et donc d’interprétation.

Boris Rebetez est né en 1970 à Lajoux (JU), il vit et travaille actuellement à Bâle. Suite à sa formation à la Schule für Gestaltung de Bâle, il part en 1996 pour Bruxelles d’où il est revenu il y a trois ans.

En 2009, la Fondation a attribué deux prix de CHF 15'000.-   à deux artistes:
M. Christian Gonzenbach, Genève, prix de Fr. 15'000.-
Mme Delphine Reist, Genève, prix de Fr. 15'000.-.