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La fondation Irène Reymond se donne pour mission de soutenir des artistes romands ou vivant en Suisse romande se vouant aux arts platisques. Elle attribue des prix chaque année depuis 1986. Elle a ainsi distribué pour plus de 800’000.- francs à ce jour et soutenu 70 artistes. En 2006 pour fêter le 20ème anniversaire une exposition a été organisée à l'espace Arlaud de Lausanne.

PRIX 2011

Pour l'année 2011, le jury de la Fondation Irène Reymond a examiné 37 dossiers, une participation record dont il tient, en plus, à souligner la qualité particulièrement élevée. Après délibérations nourries, ses trois lauréats 2011 qui reçoivent chacun une enveloppe de 15’000.- sont :
 
Joëlle Flumet,
Luc Mattenberger
et Kim Seob Boninsegni.


Joëlle Flumet poursuit depuis quinze ans une réflexion d’une cohérence interne forte. Dès ses premiers travaux, la plasticienne s’intéresse à la fonction des objets qui nous entourent pour la détourner. Qu’elle leur fasse subir différents types de modification, qu’elle leur invente de nouveaux modes d’emploi, qu’elle les déplace de leur contexte habituel, ses objets parlent de la manière dont nos modes de vie façonnent notre quotidien. Ses dessins assistés par ordinateur mettent eux aussi en scène le quotidien : espaces publics, privés ou de travail, elle sait en saisir toutes les contradictions. Vrai/faux, nature/culture, intérieur/extérieur, protection/menace, sérieux/humour, l’artiste ne cherche pas à rallier ces contraires, mais bien à en souligner les oppositions, souvent par l’absurde. Les agissements des personnages qu’elle figure dans nombre de dessins apparaissent également comme paradoxaux, tantôt contrôlés, tantôt libérés. Le jury a ainsi souhaité récompenser cette démarche dont les développements inventifs font ressortir la continuité.
Joëlle Flumet (1971, vit et travaille à Genève) obtient son diplôme de la Haute Ecole d'Art et de Design de Genève en 1996. Suivent de nombreuses expositions  collectives et personnelles, en Suisse et à l’étranger. Récipiendaire de plusieurs prix, bourses et résidences, elle a notamment reçu trois fois le Swiss Art Award ainsi que résidé à Paris (Patiño), Yerevan (Association Utopiana) et Cape Town (Pro Helvetia).

Luc Mattenberger conçoit des machines et des objets qui mettent en évidence leur puissance avérée ou potentielle, souvent menaçante ; que cette dangerosité tangible s’exerce à l’encontre du spectateur ou de l’espace d’exposition. La tension est perceptible immédiatement. Impossible d’échapper à ces œuvres qui prennent possession de leur environnement : le son, la lumière, les giclures qu’elles produisent ou l’odeur qu’elles dégagent envahissent généralement les lieux. Même lorsque l’artiste exhibe le fonctionnement de leur moteur, une fascination se dégage cependant de ces machines qui semblent agir toutes seules, dans un mouvement perpétuel, rapide ou lent mais régulier. Quant aux objets inanimés, ils portent en eux la virtualité de leur activation manuelle. Et sous les évocations offensives ou défensives se révèle parfois une poésie surprenante. Le jury a encore noté la maturité des travaux de cet artiste trentenaire.
Luc Mattenberger (1980, vit et travaille à Genève) est diplômé de la Haute Ecole d'Art et de Design de Genève (Postgrade, 2007). Il expose en Suisse puis à l’étranger. Parmi les nombreux prix, bourses et résidences obtenus : Berlin (zwanzigquadratmeter), Paris (Bourse Patiño), Prague (Pro Helvetia), Institut suisse de Rome (2012), Prix de la Nationale Suisse, Prix UBS, Bourse Berthoud, Prix Liechti.

Kim Seob Boninsegni est un artiste polyvalent qui brasse, mixe et métisse les cultures (né en 1974 à Séoul en République de Corée, il est de nationalité suisse et française, d'origine canadienne et vit à Genève) mais aussi les images, les médias et les matériaux nobles avec les triviaux, les pratiques artistiques avec la contre-culture, l'expression personnelle avec l'appropriation et le pastiche. Le jury salue l'effervescence inventive et l'énergie créatrice de sa démarche portée par une esthétique de l'hybride et un goût de la narration non-linéaire. Elle compose un patchwork foisonnant associant vidéo, dessin, écriture, installations et performances et déclinant un sampling stylistique où la manière des fanzines croise les inspirations néoromantiques et adolescentes, et où le texte se fait à la fois message et code visuel à part entière. Tant sociaux que culturels et politiques, sa réflexion et son engagement d'artiste se prolongent et se ramifient dans des activités temporaires de curateur, de critique ou d'enseignant qui font de son travail pluriel un outil et un lieu d'échanges et de partage.
Diplômé en 2001 de la Haute Ecole d'Art et de Design de Genève (section cinéma puis art visuel), il rejoint en 2002 le programme d'études du Palais de Tokyo à  Paris et commence à collectionner prix et bourses d'ateliers (ateliers Patiño, de l'Usine et du Grütli ou Schönhauser à Berlin, et prix Kiefer Hablitzel, Lissignol ou Swiss Art Award).

PRIX 2010

Pour l’année 2010, la Fondation Irène Reymond a décerné aux artistes Alexandre Joly, Jérôme Leuba et Boris Rebetez un prix de 15’0000.- chacun. Réunie à deux reprises l’automne dernier à Lausanne, la Fondation a effectué sa sélection parmi 27 dossiers qui lui étaient parvenus.

La magie, la fantasmagorie, les jeux de métamorphoses, le merveilleux et le grotesque des contes et légendes, l’incongru poétique et cruel de l’enfance et du rêve: c’est de tout cela qu’est tissé le monde d’Alexandre Joly. Plumes de paon, animaux naturalisés, herbe synthétique, baquet d’eau et piézos (petits haut-parleurs low-tech en forme de pastilles grésillantes)…: voilà quelques-uns de ses matériaux favoris. Né en 1977, Alexandre Joly vit et travaille à Genève où il a successivement décroché un diplôme à l’Ecole supérieure d’art appliqué et un post-grade à l’Ecole supérieure des beaux-arts.

Le jury de la Fondation Irène Reymond a été sensible à l’ambiance trouble et mystérieuse de l’œuvre qui oscille entre laboratoire d’expérimentation animale et imaginaire surréaliste ; à ses jeux de séduction vénéneuse ; et à la fragilité subtile et raffinée de ses machineries poétiques qui incluent souvent le son, la lumière et le mouvement.

40 ans et déjà lauréat de plusieurs prix (notamment deux Prix fédéraux d’art et un Prix culturel Manor), Jérôme Leuba est né à Genève dont il est diplômé de l’Ecole supérieure d’arts visuels (aujourd’hui HEAD) et où il vit et travaille en alternance avec Berlin. Son travail a d’emblée retenu l’attention du jury de la Fondation Irène Reymond par l’intelligence et la pertinence du regard oblique et caustique qu’il porte sur les fonctionnements de la société contemporaine - entre jeux de pouvoir, codes de la représentation médiatisée de la réalité et ambiguïtés de la frontière entre visibilité et invisibilité - et le décalage subtil et efficace avec lequel il les aborde à travers ses photographies, vidéos et installations.

«Battlefield» (champ de bataille): c’est le titre autour duquel son travail s’articule depuis plusieurs années. Tel un guerillero souriant, il s’infiltre dans les rouages trop bien huilés des conventions et des réflexes conditionnés pour les détourner et les brouiller, en semant le doute et le malaise. A la fois familier et inattendu, drôle et inquiétant.

La Fondation Irène Reymond loue dans le travail de Boris Rebetez sa parfaite et subtile maîtrise de l’espace. Ses réalisations possèdent un caractère d’évidence, une justesse de ton: qu’il s’agisse de ses éléments architecturaux fictifs s’intégrant à un lieu d’exposition ou de ses sculptures cherchant à s’approprier l’espace en le reflétant dans des miroirs par exemple. Ses œuvres bidimensionnelles font également intervenir l’espace, construit ou naturel: ses collages photographiques jouent imperceptiblement et habilement avec la perspective et les correspondances formelles; nombre de dessins montrent une superposition de plusieurs strates d’intervention, et donc d’interprétation.

Boris Rebetez est né en 1970 à Lajoux (JU), il vit et travaille actuellement à Bâle. Suite à sa formation à la Schule für Gestaltung de Bâle, il part en 1996 pour Bruxelles d’où il est revenu il y a trois ans.

En 2009, la Fondation a attribué deux prix de CHF 15'000.-   à deux artistes:
M. Christian Gonzenbach, Genève, prix de Fr. 15'000.-
Mme Delphine Reist, Genève, prix de Fr. 15'000.-.